En ce tout début du 19e siècle, la culture d'Edo, celle des classes sociales urbaines, est à au comble de sa maturité qui se traduit par son raffinement et son esthétisme avec les inévitables signes de décadence qui l'accompagnent et qui ne trompent pas. Corruption et crise financière aggravées, inflation, infractions à la politique d'isolement par des navires étrangers, intensification des troubles sociaux, révoltes paysannes, lois somptuaires, censure des livres sont les signes avant-coureurs d'un désastre imminent. Toutefois, cette courte période des ères Bunka-Bunsei (1804-1829) constituent la dernière phase de stabilité du règne des Tokugawa.
Dans le domaine vestimentaire, l'originalité et les nouveautés qui ponctuaient les époques précédentes n'ont plus cours et la mode est aux vêtements de couleurs sobres voire austères avec le règne des tissus rayés ou ornés de petits motifs répétitifs
komon dans des nuances marron, noires, grises ou bleu nuit.

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Divertissement sous les cerisiers au Yoshiwara (Toyohiro, vers 1801)
La vie des quartiers de plaisir était régie par des règles qui ont donné une culture et une esthétique contraires à l'ordre moral confucéen rigoureux qui réglait la vie de la société japonaise. Les courtisanes éduquées et sensuelles étaient le reflet d'un certain idéal féminin à l'opposé de l'image de la femme morale de la période d'Edo. Le concept de iki (chic, distingué, raffiné) qui s'oppose au yabo (rustre, grossier, démodé, ringard) et au gehin (vulgarité) a vu le jour dans ces quartiers et s'est développé pour aboutir à une sensibilité propre à la bourgeoisie citadine: détestation de l'arrogance des guerriers, de la soumission aveugle aux règles, des sermons confucéens. Cette sensibilité urbaine de raffinement discret teintée de sentiments humains est née au 18e siècle et s'est affirmée en ce début du 19e siècle. Hommes et femmes iki se montraient plus naturels, sans maquillage ni accessoires superflus, dans des tenues raffinées aux tons délicats, très simples en apparence mais qui exigeaient des sommes considérables et des subterfuges ingénieux. Pour résumer, le style iki en dit le moins pour en signifier le plus.
Ci-dessus, le client, assis au centre et qui semble connaître les codes du lieu, est entouré d'une
oiran et de ses jeunes suivantes. Des amuseurs, des geisha et des serveuses l'entourent pour le divertir. Son style distingué et ses vêtements très sobres et à la dernière mode ne trompent pas: kimono finement rayé qui semble être uni vu de loin, col noir ajusté à son sous-vêtement, obi à petit carreaux ishimatsu du dernier chic lancé par un acteur de kabuki… Ce qui est iki est beau mais pas voyant, discret mais averti, simple mais pas vulgaire ni banal. L'iki est un concept qui détermine les rapports sociaux et amoureux, la mode, la façon d'être et de penser. Il s'agit de saisir la cruauté du monde sans renoncer à l'élégance du geste ni à la beauté des choses impermanentes.
LA COUR
Lorsque les femmes de la noblesse n'étaient pas en représentation pour des cérémonies officielles, elles continuaient à porter des kosode dont le style propre à leur classe n'avait guère varié au cours de la période d'Edo. Des fleurs brodées de grandes tailles (glycines, azalées) ou des branches fleuries sont dispersées sur toute la surface, des arbres en fleurs (tachiki) associés à des éléments paysagers discrets constituent l'essentiel des représentations. Les paysages se formalisent au cours du 19e siècle avec des motifs et une disposition préétablis: eau vive vers le bas du kosode, feuillage ou arbre sur le haut dominés par des oiseaux en vol.
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Kaidori (uchikake) en soie chirimen violet et dégradé sur le bas. Les motifs évoquent l'automne avec des oies sauvages au premier plan qui se reposent sur la berge. Sur les épaules, un paysage lointain de chaumières, d'érables aux feuilles rougies et d'oies en plein vol.
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Katabira de grand luxe en echigo jôfu, porté par une épouse de l'empereur Ninkô (1821-81), orné de phoenix et de branches fleuries.
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Kaidori orné de motifs brodés sur soie chirimen. Les femmes de bushi nommaient ce vêtement uchikake mais à la cour, il devient kaidori et chez les filles de joie, kake ou shikake.
Des motifs de grande taille sont regroupés et disposés en asymétrie sur toute la surface (glycines, oeillets, feuilles d'érable et courbes ondulantes).
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Kaidori et paysage d'automne avec pleine lune apparaissant dans un ciel nuageux (en haut) et châtaignier au pied duquel poussent deux plantes de l'automne, hagi et chrysanthèmes.
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Katabira en lin bleu orné de camélias et de fleurs de cerisier brodés de la taille à l'ourlet. Sur les épaules, des chauve-souris volent dans les nuages. En Chine, les chauve-souris (kômori, 蝙蝠) portent bonheur. Probablement à l'origine, pour des raisons de prononciations car le deuxième kanji se prononce fuku comme le bonheur (福).
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Katabira en lin mauve où l'on retrouve les mêmes dispositions des motifs dans une esthétique élégante et conservatrice: sur le bas, eau vive, oeillets et haies de broussailles brodés et teints (shiro-age) et sur les épaules, hirondelles en plein vol dans les nuages.
CLASSE GUERRIÈRE
Les uchikake, katabira (pour l'été) et autre kosode formels dont les femmes de guerriers se paraient lorsqu'elles apparaissaient en public ou pour des occasions exceptionnelles étaient toujours rehaussés de broderies et d'applications diverses, uniformément sur toute la surface du vêtement. Leur évolution se poursuivait dans la continuité avec des motifs classiques anciens (yûsoku) parfois associés à des thèmes plus contemporains (fleurs de saisons, motifs classiques et de bon augure, chariots, radeaux de fleurs…) sur des fonds en satin rouge, blanc ou noir.
Au quotidien, les
kosode en crêpe de soie colorée (chirimen) se paraient également de broderies et de motifs teints (shiro-age, kanoko surihitta) révélant ainsi leur goût immodéré pour les paysages souvent imaginaires faisant allusion a des oeuvres littéraires ou théâtrales (no). Cette tendance perdura jusqu'au milieu du 19e siècle.
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Uchikake destiné à une jeune fille entièrement recouvert d'un paysage qui montre une chasse au faucon avec cascade, motifs saisonniers, faucons en vol, perdrix, grues, chien de chasse…
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Un paysage saisonnier avec motifs brodés et teints orne ce kosode en soie chirimen à partir de la taille (koshimoyô): cascade, fleurs de cerisiers, glycines, pins, hirondelles… Il s'agit d'une référence au "Contes d'Ise".
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Kosode léger gris foncé en soie ro décoré sur le bas et les manches de rideaux de bambou et de chrysanthèmes teints et brodés. Nombreuses références poétiques et littéraires.
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Katabira en lin blanc dont les motifs annoncent déjà l'automne: chrysanthèmes et feuilles d'érable associés à des oiseaux dorés.
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Katabira en lin blanc (jôfu), broderies et teinture shiro-age. Ces tissages luxueux et d'une finesse extraordinaire ressemblent à s'y méprendre à de la soie. Teinture indigo et orangé associées à des broderies (chayazome).
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Kosode d'été (hitoe) en soie ro entièrement brodé à partir de la taille (koshimoyô) et orné de kamon de la maison Tokugawa. Herbes et fleurs d'automne sont associées à un coq et une poule en référence à une légende chinoise.
Les tenues de mariage furent déterminées au cours de la période de Muromachi et les ensembles de ce genre étaient réservés aux femmes de l'élite guerrière et des milieux très aisés. Le long uchikake se superposait au aigi blanc fermé par un obi large et un koshi-obi placé juste en-dessous. La doublure en soie rouge vif était censée être de bon augure. La coiffe neri-bôshi était en soie également.
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Les dimensions du obi atteignaient alors presque 30 cm de large et 3,60 m de long. Des dimensions qui ne facilitaient pas sa mise en place et qui justifièrent l'apparition du obijime (appelé alors obidome), à l'initiative d'un acteur de kabuki qui, pour éviter que son obi ne glisse, noua une ceinture par-dessus. Les femmes se sont alors empressées de suivre cette nouvelle mode. Au début, elles utilisaient des ceintures (shigoki) ou des cordelettes rondes rembourrées (maruguke), puis des ceintures plates à passants métalliques pachin-dome (à gauche) qui, au début du 20e siècle, furent remplacées par des cordelettes tressées (kumi-himo) dont la longueur augmenta régulièrement jusqu'aux années 1940-50.
Les
obi en satin noirs (kuro-shusu), qui étaient déjà en vogue au tout début du 18e, siècle le restèrent avec des variantes (chuya-obi, kujira-obi) qui arboraient des motifs distincts sur l'envers et l'endroit avec par exemple, l'endroit noir uni et l'envers coloré à motifs. Un genre qui ne se démoda pas avant les années Taishô (1912-26).
Sur cette estampe (1885), la femme qui est debout porte un chûya-obi noué dans le style o-taikô. L'année 1817 marqua un changement décisif dans la manière de porter le obi. En effet une geisha du quartier de Fukagawa avait noué son obi dans une forme qui devait évoquer et célébrer le célèbre pont Taikohashi du sanctuaire Kameido, situé dans le même quartier.
Le
taiko-musubi (noeud taiko) était né et c'est probablement la manière la plus communément utilsée pour nouer un obi encore de nos jours.
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Au milieu de l'époque d'Edo, le col noir (kuroi kake-eri) des kosode était très en vogue auprès des femmes des quartiers populaires. Signe de changement au début du 19e siècle avec des cols de satin noir qui se généralisent et s'imposent auprès des femmes de toutes conditions (femmes ordinaires, serveuses de maisons de thé, geisha…). A droite, sous le kimono au col noir, un juban porté selon les codes de l'époque avec le col qui dépasse largement du kimono.
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Les sous-vêtements évoluent peu à peu. Sous le kosode, les femmes portaient généralement un koshi-maki, une sorte de jupon droit serré à la taille. Désormais, pour éviter qu'il ne se voit en marchant, elles ajoutèrent un suso-yoke (kedashi) rouge vif par-dessus. Le juban long en soie chirimen orné de motifs teints devint un sous-vêtement à part entière pour les femmes citadines. Le col était en coton blanc, coloré, orné de motifs teints shibori ou de broderies et dépassait légèrement du col du kosode. Pour se protéger du froid ou à l'occasion d'événements particuliers, il était courant de rajouter une autre robe (kasane-shitagi) en soie blanche ou à motifs rayés, sarasa ou komon entre le juban et le kosode.
HAUTE BOURGEOISIE
Les kosode de la classe bourgeoise fortunée se caractérisaient par l'utilisation du satin (rinzu) à la place de la soie chirimen. L'utilisation de toutes les techniques connues de teintures, broderies et dessins peints, utilisées conjointement pour l'ornement, suffisaient à peine à la création de ces somptueux motifs. Les kosode à fond rouge, blanc, noir ou marron offraient un élégant contraste avec les éléments décoratifs de bon augure (pin, bambou, prunier, glycines, fleurs de cerisier, éventails, rideaux de bambou, boîtes à coquillages peints, couples de canards mandarins, grues, tortues etc…) et étaient également portés lors de cérémonie de mariage.
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Si l'engouement pour la technique de teinture yûzen a connu un certain déclin à la fin du 17e siècle, son utilisation n'a jamais été abandonnée, bien au contraire. Sur ce kosode gris foncé (tsuma-moyô), les représentations de bonsai figurent sur le bord de l'ourlet et des manches.
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Uchikake en satin rouge rehaussé de formes en éventail largement ouverts (shibori) ornés de motifs saisonniers et qui semblent flotter sur le courant.
(Commande de la maison Mitsui).
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Motifs et disposition originaux avec le haut de ce kosode en satin entièrement recouvert d'un rideau de bambou teint (yûzen) et de petits enfants coiffés et habillés à la chinoise (karako) surpris dans leurs jeux et dispersés sur le bas. Pour une jeune fille de famille très aisée.
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Uchikake furisode au design original: le fond blanc en satin est brodé de branches de prunier en fleurs où viennent se superposer des rideaux de bambou (misu) aux bords foncés. (Commande pour une jeune fille de la maison Mitsui).
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Uchikake en satin rouge décoré de bambous dans toute leur hauteur en shibori-zome rehaussés de broderies. Le bambou qui reste vert et vigoureux en hiver symbolise une longue vie et une descendance nombreuse.
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Uchikake blanc en satin orné d'un prunier en fleurs (tachiki) associées à des formes en papillons réalisées en papier plié origami et teints en shibori-zome.
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Furisode en soie chirimen entièrement traité selon la technique de teinture shibori, avec des fleurs de paulownia disposées en losanges hishi.
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Furisode traité en shibori sur satin bleu nuit et orné de la trilogie fleurs de prunier, bambou et pin avec en plus, des grues en vol qui amplifient le caractère auspicieux des motifs.
SARASA ET TÔZAN
Les cotonnades imprimées importées au Japon (indiennes, sarasa) connurent un grand succès aussi bien à Kyôto qu'à Edo au cours des 17e et 18e siècles. Le côté exotique, l'expression et les coloris des motifs animaliers, floraux ou géométriques ont immédiatement séduit. Les premiers tissages en coton imprimés d'origine indienne, indonésienne ou du Siam ont été introduits au Japon par les voyageurs et marchands portugais à la fin du 16e siècle. Nommés meibutsugire, ils étaient considérés comme rares et précieux.
Au début du 18e siècle, la production japonaise (
wa-sarasa) était déjà relayée par des artisans teinturiers spécialisés mais c'est suite à la publication d'ouvrages en 1778 et 1785 que la vogue du sarasa prit de l'ampleur. Ces tissus furent d'abord utilisés pour la confection de sous-vêtements et de juban et connurent un grand succès auprès des adeptes de tsû (chic) et d'élégance iki, notamment les marchands aisés et les acteurs de kabuki.
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Juban et sous-kimono du milieu Edo orné d'une flore imaginaire et foisonnante, idéalement portés avec un kosode en coton très sobre à fines rayures, une association qui résume parfaitement l'élégance iki et le tsû, cette attitude élégante et nonchalante qui n'appartient qu'à celui qui maîtrise les codes (tsûjin).
Au début de période d'Edo, les tissages en coton rayé furent importés de Saint-Thomas (San Tome) en Inde, à côté de Madras et l'on désigna ce type de tissages par tôzandome (ou tôzan).
Les premières productions à rayures japonaises datent des années 1615-24 dans la région d'Ise. Plus tard, d'autres lieux de production se développèrent, notamment à Bushû et Kawagoe (Saitama). Le coton subissait un traitement au
kinuta, une méthode traditionnelle pour assouplir les fibres et rendre le tissu fluide, brillant et soyeux, ce qui en augmentait considérablement le prix.
Les tissus étaient conçus en général dans des modèles de rayures verticales qui correspondaient parfaitement au concept esthétique d'
iki en vogue alors qui promouvait une sobre élégance dans la classe bourgeoise aisée, régulièrement visée par des lois somptuaires avec parfois l'interdiction de porter de la soie. Puisque les lois imposaient de s'habiller dans la simplicité, on assista à d'habiles subterfuges pour les détourner en portant des kosode sombres à peine ornés de fines rayures invisibles de loin, mais onéreux et d'une qualité incomparable. La simplicité devint raffinement avec des nuances neutres et des motifs minuscules (komon) répartis uniformément sur toute la surface. Le perfectionnement des techniques de tissages ajouté à un engouement pour ces modèles et ces couleurs synonymes d'élégance favorisèrent leur développement au sein d'une population moins aisée.
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Page extraite d'un carnet d'échantillons de cotons rayés.

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Les couleurs voyantes ne sont plus adaptées aux codes d'élégance de l'époque et les tons gris, bruns et bleus dominent, exprimant le mieux la notion d'iki.
Kuki Shûzô ("Structure de l'iki"): "La couleur grise est iki…elle se situe sur le passage du blanc au noir…et représente la pâleur des couleurs. Rien n'exprime mieux la résignation que le gris. C'est la raison pour laquelle depuis l'époque d'Edo, les diverses nuances de gris ont été appréciées comme des couleurs iki.
La couleur brune est la seule couleur qui soit prisée comme étant
iki. C'est une couleur voyante qui résulte de la réduction de la luminosité."
Les nuances et les noms des couleurs sont innombrables: gris foncé bleuté, gris de la laque, gris rougeâtre, gris bleuâtre, gris souris, brun à tonalité indigo grisâtre, jaune légèrement bleuté, brun ambré, brun marron du milan, brun à tonalité noire du bambou brûlé, marron prune,écorce de marron, vert grisâtre du rossignol…
Le style du
kosode s'adapte aux besoins de la vie courante. Depuis le 14e siècle, il était de coutume de changer de vêtement à chaque saison (koromogae). Au printemps et en automne, on portait un awase (doublé), en été un hitoe (sans doublure), en cas de forte chaleur un katabira (en lin) et en hiver un kosode (doublé parfois matelassé).
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Pendant la saison froide, les haori étant réservés aux hommes, les femmes portaient des vestes hanten matelassées au col bordé de noir. Un autre vêtement (hifu) gagna du terrain au tout début du 19e siècle et qui deviendra le coat plus tard. Il s'agissait d'une veste portée sur le kimono, tout d'abord par les hommes (maîtres de thé et autres artistes) et plus tard par les femmes.
Ici, retour d'une fête de saison (
matsuri) à Asakusa en novembre, avec quelques patates douces (taro), la spécialité locale, toujours en vente de nos jours.
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Les acteurs de kabuki restaient les "influençeurs" en matière de mode de l'époque et leurs préférences se diffusaient rapidement auprès de leur public.
Segawa Kikunojô II (à gauche) porta pour la première fois sur scène une tenue dans des nuances kaki-ocre (
rokocha) qui eurent un succès immense jusqu'à la fin du 19e siècle.
Un autre acteur Iwai Hanshiro V (1776-1847) lance un motif de feuilles de chanvre aux contours teints en pointillés (
hanshiro-kanoko), comme on peut le voir (à droite) sur le sous-vêtement rouge qui dépasse du kimono à droite, élégamment et l'air de rien.
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Un lutteur de sumô en kosode à larges rayures régulières croisées (motif benkei-shima) et fermé par un obi de style hakata. Succès retentissant chez les hommes et les femmes pour ce quadrillage qui évoquait le damier des tables de jeu de go.
Au milieu, une serveuse de maison de thé, reconnaissable à son plateau et à son tablier
maekake orné ici de fleurs de paulownia blanches. Sur son kimono, un motif géométrique genji-kô en référence au "Dit du Genji", déjà apprécié et qui connut un regain de popularité suite à la parution d'un ouvrage en 1829.
La femme à droite sort d'un
sentô (bains publics) et porte un yukata en coton orné de rayures et d'un motif de chauve-souris en vol qui forment le kanji kotobuki (félicité). Ce jeu de formes revient à l'acteur de kabuki Ichikawa Dajurô VII qui associa les deux éléments.
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Allusion aux cinq fêtes annuelles d'origine chinoise (sekku).
Les fêtes du 7 juillet (à gauche) et du 5 mai (à droite) sont représentées par de jeunes femmes en
kosode ornés de motifs très à la mode (rayures et carreaux kaku-dôshi et glycines).
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Courtisanes et oiran de Yoshiwara en grande tenue où tout semble excessif (vers 1823, 1830, 1815).

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East meets west avec ces deux geisha d'Edo (à gauche) et de Kyôto (à droite) qui rivalisent de beauté (vers 1850).

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CLASSE MOYENNE CITADINE
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Activité maximale dans un commerce de tissu Echigoya, (Kuwagata Keisai), ère Bunka

Depuis le milieu du 18e siècle, la mode des kosode ornés seulement sur la moitié inférieure continuaient à faire l'unanimité chez les citadines de la classe bourgeoise. Ces kosode de type suso-moyô (motifs au niveau de l'ourlet) devinrent une référence pour toutes jusqu'au milieu du 19e siècle. Les lois somptuaires qui limitaient l'emploi de techniques sophistiquées et coûteuses influencèrent également les décors et les tissages et eurent pour résultat de développer auprès des artistes et des clients une certaine réserve et un goût plus subtil. Le goût japonais pour la simplicité et la finesse créa une élégance sobre qui caractérisa les kosode de la fin de la période d'Edo.
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À gauche, une jeune épouse bourgeoise qui s'apprête à sortir, porte un kosode bleu nuit discrètement orné sur le bas. Elle a ajusté le kosode à sa hauteur en formant un pli au niveau de la taille. En privé quand elles ne sortaient pas, les femmes portaient leur kimono très long si bien que le bas du kosode traînait par terre derrière elles et pouvait gêner la marche. À côté d'elle, une servante au kosode plus court.
À droite, une citadine à la dernière mode porte son
obi noué à l'avant sur un kosode marron en soie orné de motifs teints sur le bas.
Au cour de l'époque d'Edo, les femmes mariées et les jeunes filles adultes se noircissaient les dents (ohaguro) à l'aide d'une poudre métallique. De plus, les femmes mariées se rasaient les sourcils. Cette jeune femme, miroir à la main, applique une dernière touche de fard vert sur sa lèvre inférieure qui constituait le dernier cri en matière de maquillage à la fin du 18e siècle et au début du 19e siècle. Le rouge à lèvres était un produit de luxe à l'époque et seul le milieu des lèvres était peint, réduisant ainsi la taille de la bouche. Le peintre Gion Seitoku (1755-?) était réputé pour ses portraits féminins de toutes conditions.
Le portrait de gauche réalisée par Keisai Eisen, vers 1822, montre une femme mariée de la haute noblesse aux sourcils rasés avec la lèvre inférieure peinte en vert (
sasa-iro, qui évoque la couleur des feuilles de bambou). La coiffure très sobre ne comporte qu'un seul ornement (kôgai).
La poudre utilisée pour se noircir les dents étaient composée d'un mélange de noix de galle réduites en poudre, auxquelles on rajoutait de l'eau de lavage du riz, du vinaigre, du sake et une poudre de fer. Une fois le mélange oxydé, il devenait insoluble et pouvait être appliqué, chaque jour ou tous les 2-3 jours. Considérée comme obsolète au début de la période de Meiji, cette pratique fut interdite en 1870.
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PEUPLE D'EDO: TRAVAIL ET FESTIVITÉS
À la fin de la période d'Edo, le shôgunat a promulgué une loi interdisant l'extravagance et le luxe vestimentaires pour toutes les classes de la société. Couleurs, motifs et tissus étaient réglementés dans les détails. Les kosode du peuple devaient être en chanvre ou en coton dans des nuances de brun, gris ou bleu. En 1827, les notables des villages sont autorisés à porter des vêtements en soie ou en pongé de soie selon les circonstances.
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L'importance des fêtes saisonnières et autres matsuri était aussi importante dans les villes qu'à la campagne et marquaient une rupture avec le quotidien et un renouveau. Il y en avait tout au long de l'année: fête d'un temple, d'un quartier, d'une ville, fête des rires agraires, fête du feu, de la fertilité etc…La foule était haute en couleurs, composée de curieux, de marchands des rues, de porteurs, de livreurs, de familles, de voyous, de saltimbanques, de spectacles, de moines qui déambulaient entre les yatai (stands) dans la confusion, les rires et parfois les rixes. C'est dans ces rassemblements de divertissements populaires que l'esprit d'Edo était le plus attachant.
De gauche à droite: enfant et groupe de citadins âgés, famille de samurai et servante qui se rendent au sanctuaire, vendeur de rue, porteur et courtisane, paysan et vendeur de sake
Collages "
Événements annuels à Edo" (59 vues), Hashimoto Osakuni (vers 1840)
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Deux marchands transportent leur kama (four), fabrication de mochi à base de pâte de riz, guide et visiteur. La majorité des hommes qui travaillent portent des vêtements de coton: un pantalon étroit (momohiki) sous leur kosode qu'ils remontent parfois pour plus de facilité ou sous un hanten (veste).
Collages "Événements annuels à Edo" (59 vues), Hashimoto Osakuni (vers 1840)
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Scène estivale avec jeunes hommes en kosode légers teints de motifs rayés ou à carreaux, un moine itinérant (komusô) avec sa flûte, des vendeurs de légumes et de poissons, une fille de joie et un samurai désoeuvré.
Collages "Événements annuels à Edo" (59 vues), Hashimoto Osakuni (vers 1840)
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De gauche à droite: samurai et subalterne, homme portant un haori sur les épaules et une capeline qui cache son visage, marchand de okoshi, sorte de galettes de riz soufflé, vendeur de tissu et de coupons usagés, homme au kosode relevé dans son obi.
Collages "Événements annuels à Edo" (59 vues), Hashimoto Osakuni (vers 1840)
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Ambiance festive et marché de plein air: un diseur de bonne aventure au visage dissimulé, un vendeur d'éventails, une mère et son fils qui se rendent au temple, un marchand de moustiquaires (kaya), de chapeaux de paille et d'ombrelles.
Collages "Événements annuels à Edo" (59 vues), Hashimoto Osakuni (vers 1840)
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Se protéger pendant la saison des pluies: capes de marchands itinérants, ombrelle de papier huilé, chapeaux de paille de formes diverses, hautes geta, mino (manteau de paille tressé).
Collages "Événements annuels à Edo" (59 vues), Hashimoto Osakuni (vers 1840)
ARTISANS
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Élagueurs et scieurs

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Forgeron

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Busshi, sculpteurs de statues bouddhiques

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Prostituées de la plus basse condition (yotaka, sans autorisation officielle) et marchand ambulant de nouilles (soba)

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Fabricants de paniers, vendeur de shamisen et de koto, musicien aveugle, moine et porteur

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Brodeurs

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Barbier, aiguiseur de scie, vendeuses de livres et de peintures murales (kakejiku)

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Teinturiers et apprentis (aizome, indigo) et utilisation de pochoirs sur les lais de tissu. Les teinturiers d'indigo (aoya), les fabricants d'objets en bambou et d'ustensiles pour le thé faisaient partie du groupe des eta (exclus de la société ordinaire).

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TOURISME ET VOYAGES
Avec la décadence des shôgun, voyages et déplacements sont favorisés et les Japonais découvrent paysages et saisons: on se rend dans les lieux célèbres, sur les grands centres de culte, on se promène sous les cerisiers, au bord de l'eau en été, on se baigne dans les sources thermales. On a souvent dit que les Japonais avaient appris à connaître leur pays en admirant les estampes.
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Traversée d'une rivière à dos de porteurs ou en palanquin (vers 1810).

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Voyageurs, marchands et porteurs devant une auberge (Hiroshige, vers 1830).

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Femmes employées d'auberges à l'affût de clients. Ces auberges relais qui jalonnaient les grandes routes (kaidô) du Japon, employaient des femmes pour servir les repas. Avec l'augmentation du traffic, du nombre des voyageurs et des auberges, la concurrence était rude. Peu à peu, elles se livrèrent également à la prostitution afin d'attirer plus de clients.

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Promenade sous les pruniers en kimonos rayés très à la mode dans les années 1840-50. Les coiffures et les ornements sont sobres, les cols de juban et de sous-kimono shitagi dépassent et se montrent.

À PROPOS DES LOIS SOMPTUAIRES
Leur but était de contrôler les idées qui menaçaient la bienséance et la moralité publiques. L’origine de ces mesures venait de Chine où la consommation était régulée par le statut social.
Au Japon, ces régulations (
kenyakurei) étaient transmises par divers intermédiaires au groupe social concerné. Les chônin se plaignaient souvent de ces mesures répressives, mais le gouvernement comptait plus sur la crainte qu’elles inspiraient que sur de sévères châtiments. Sous les Tokugawa, il n’y eut que quelques cas recensés dans les documents de l’époque ou la littérature populaire, d’arrestations pour violation de ces lois. Les lois somptuaires se référaient souvent à des édits antérieurs, suggérant qu’elles n’étaient pas permanentes ou concrètement applicables et que leur observation par les groupes concernés posait souvent des problèmes. Une expression de l’époque, « mikka hatto » (lois de trois jours), suggérait que la violation des lois intervenait souvent après seulement une brève période d’observation stricte.
Les lois somptuaires eurent un impact dans plusieurs domaines de la vie politique et sociale: l’expression des idées, la consommation et les apparences.
Durant la période d'Edo, il y eut plusieurs périodes de restriction à propos du contenu des idées, avec des édits qui interdisaient les publications en rapport avec des sujets de l’époque, des théories non conformes, des rumeurs, des scandales, l’érotisme, les fonctionnaires du gouvernement et tout ce qui se rapportait aux Tokugawa et à la famille impériale.
Une des séries de mesures les plus répressives fut mise en place durant l’ère Kansei (1789-1801) à la mort du shôgun Ieharu, son successeur Ienari est encore mineur (jusqu’en 1793) et le vrai pouvoir est aux mains de Matsudaira Sadanobu (1758-1829), un petit-fils de Yoshimune et daimyô de Shirakawa.
Les réformes se concentrent au début sur l’exclusion du pouvoir des officiels corrompus et sur des mesures prises afin de juguler l’inflation et de stabiliser les prix (en été 1787, la hausse du prix du riz mène à des révoltes dans plusieurs villes, après des années de mauvaise récolte et de famine). Les réformes s’étendent plus tard au domaine de l’édition (1790) et le 5
e mois de cette année, aucun ouvrage ne fut publié, sauf avec autorisation spéciale. Les événements de l’époque ne devaient pas figurer sur les gravures et les œuvres extravagantes ou somptueuses furent interdites (au même titre que les théories non autorisées ou les images érotiques).

D’autres édits tentèrent de réguler ou d’interdire les manifestations extérieures de richesse et les dépenses en fonction de chaque classe sociale. Alors que les marchands commencèrent à amasser de véritables fortunes et à vivre selon les us réservés à la classe des
samurai, le bakufu dicta les lois somptuaires pour que chaque statut social soit respecté, encourageant la sobriété et le maintien des règles morales du néo-confucianisme. Le gouvernement veillait particulièrement à ce que la morale et la discipline des samurai ne soient pas corrompues par le style de vie fastueux des riches marchands.
Le
bakufu reconnaissait que la mode permettait de traverser les frontières invisibles des classes sociales qui se distinguaient souvent dans le choix de l’habillement et des accessoires. La nature potentiellement séditieuse du vêtement et de la mode pendant la période d'Edo fut l’objet de nombreux édits répressifs qui touchaient aussi au mode de vie et aux comportements. Ces lois furent très fréquentes dès le début du 17e siècle. En 1617 déjà, les feuilles d’or et d’argent appliquées sur les vêtements des courtisanes (puis les fils d’or) furent interdits; en 1649, une liste des restrictions destinées aux chônin apparut, incluant l’interdiction de la laque dorée décorative, de maisons ornées de feuilles d’or ou d’argent et de selles laquée d’or. De la même façon, des fermoirs d’or ou d’argent sur les blagues à tabac étaient interdites car trop ostentatoires.

En 1681, un riche marchand d’Edo, Ishikawa Rokubei, devint célèbre pour avoir violé ces lois. La famille de Rokubei et les servantes se parèrent de magnifiques vêtements pour aller voir le
shôgun Tsunayoshi en visite à Ueno ; pensant qu’elle était l’épouse d’un daimyô, le shôgun se renseigna et en apprenant qu’elle n’était qu’une femme de marchand, devint furieux devant cette marque d’irrespect devant un supérieur. Il fit saisir toute la fortune de Rokubei et fit exiler la famille. Peu après, en 1683, Tsunayoshi (célèbre pour sa vie de débauche) et les officiels dictèrent un nombre considérable de lois concernant l’habillement des chônin. Ainsi, ne suffisait-il pas seulement de limiter ses dépenses mais aussi de vivre selon les règles adaptées à la classe à laquelle on appartenait.
Même si les manquements à ces lois étaient rarement punis sévèrement, elles eurent des effets néfastes sur la création artistique et l’expression personnelle.
À partir de 1790, les estampes furent contrôlées par des censeurs, tenus personnellement responsables de toutes violations aux lois. Ce système resta en vigueur pendant plus de 80 ans. Les exemples d’interdictions affectant l’
ukiyo-e sont nombreux ; au cours du premier mois de 1800, les bustes de femmes sont interdits.
En réalité, le
bakufu ne pouvait certainement pas admettre qu’un produit artistique soit trop populaire au sein des chônin. Un autre exemple fut l’interdiction en 1793 de gravures portant le nom de femmes en dehors des courtisanes car leur réputation était à préserver. Tout en étant en relation avec le monde flottant, elles ne se prostituaient pas comme les courtisanes ou serveuses de maisons de thé.

Le pire restait à venir. Avec les réformes de Tempô (1842-47), les artistes furent durement touchés. À Edo en janvier 1842 et à Osaka en juillet 1842, les estampes d’acteurs ou en rapport avec le théâtre kabuki furent proscrites, interrompant presque toute la production à Osaka jusqu’en mai 1847. À Edo, le choc fut ressenti moins durement car la production ne reposait pas essentiellement sur la gravure d’acteurs comme à Osaka où tous les éditeurs étaient concernés. L’acteur Ichikawa Danjûrô VII (1791-1859) fut banni d’Edo en 1842 pour son style de vie extravagant et ses productions théâtrales ostentatoires. Ce que le bakufu ne put accepter, fut l’utilisation par Danjûrô de véritables armes et armures de guerriers sur scène, une infraction à la séparation des classes sociales. Ces armes qui furent certainement prêtées ou offertes par de riches samurai, admirateurs de l’acteur, valurent à Danjûrô d’être exilé pendant 10 ans. Il n’en souffrit guère puisqu’il continua à mener son train de vie et à jouer avec succès à Osaka.
(Source inconnue)
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