Au-delà de la confusion et de l'instabilité politique qui régnèrent durant la période Muromachi (1336-1573) avec une violence banalisée et des guerres quasi continuelles, comme celle d'Ônin (1467-1477) qui ravagea Kyôto et mit l’industrie et les productions familiales en déclin, ces années furent également témoin d'un moment de formidable bouleversement social et économique.
Les tendances des 12e et 13e siècles se confirmèrent avec la hausse de la production et des échanges, un commerce international florissant, une amélioration du niveau de vie moyen, un essor des techniques artisanales, bancaires, agraires, une urbanisation et surtout la naissance de nouvelles formes culturelles comme les cultures Kitayama et Higashiyama qui sont à l'origine de la civilisation japonaise moderne.
Au niveau de la vie quotidienne, notons les changements dans les manières de parler et de s'habiller, dans la cuisine et l'architecture intérieure. Une nouvelle sensibilité semble se mettre en place et l'on voit se développer un intérêt pour l'art des fleurs, du thé, des jardins, les peintures à l'encre, la poésie, l'art théâtral avec le théâtre
.
En 1392, le régime shôgunal des Ashikaga paraît s'affirmer sur le pays entier mais en réalité le régime ne contrôlait les provinces que par l'intermédiaire de puissants gouverneurs.
Suite à cet affaiblissement du
bakufu, ce sont les grands monastères et quelques grands gouverneurs militaires qui assurèrent une part grandissante du traffic avec la Chine avec l'importation massive d'ouvrages littéraires, de peintures, de pièces de monnaie, de porcelaines, de soie grège, de tissus (brocarts ornés de motifs tissés d'or et d'argent, gaze de soie), de produits médicinaux… qui contribuèrent au développement de la culture japonaise.
Côté mode vestimentaire, dès la fin du 15e siècle, le kosode devint le vêtement porté par toutes les classes de la société, hommes et femmes confondus.

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"Scènes de moeurs à chaque mois de l'année" (Tsukinami fûzokuzu byôbu) 月次風俗図屏風, 2e moitié du 16e siècle, école Tosa. Détail du 5e mois, "Plantation des rizières". Travaux agricoles et fêtes religieuses rythment l'année. La production agricole s'intensifie et se diversifie (plantes tinctoriales, arbre à laque, mûrier et thé). Un essor des professions artisanales accompagne ces progrès et les régions se spécialisent: soie grège, papier, céramique, soieries…
L'ARISTOCRATIE GUERRIÈRE
La culture de Muromachi a pour noyau la culture des guerriers, elle-même issue de la culture de cour. À Muromachi (Kyôto), les guerriers sont amenés à côtoyer la noblesse de cour et à subir son influence dans tous les domaines. Une autre caractéristique de cette période fut la forte influence qu'exerça l'école zen, protégée par les shôgun.
HITATARE
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Vers le milieu de la période de Heian, les costumes de cour furent officialisés et transmis dans le cadre de la fonction publique et militaire. De nouveaux codes vestimentaires furent décidés et établis au milieu de la période Muromachi.
Les guerriers bushi de haut rang étaient exceptionnellement amenés à porter des tenues réservées aux nobles comme le sokutai ou le kariginu mais toujours fidèles à leur éthique guerrière, ils continuèrent à porter le hitatare, considéré comme l'équivalent du nôshi des fonctionnaires. Il était alors en soie damassée orné de 5 kikutoji (oeillet façonné en forme de chrysanthème) qui retenaient solidement les cordons sur les manches et sur le dos.
Les guerriers de haut rang adoptèrent le style vestimentaire de la noblesse et réciproquement, les nobles se mirent eux-aussi à imiter les tenues des guerriers notamment le
hitatare qui devint mieux considéré que le kariginu. Les tenues des guerriers et des nobles se différenciaient toutefois par de petits détails.
Cette tendance a ensuite été intégrée dans le système vestimentaire du shogunat d'Edo où le
hitatare devint l'habit des grandes cérémonies porté par le shôgun et les daimyô. À l'emplacement des kikutoji, on apposa le blason familial kamon.
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Portrait du13e shôgun Ashikaga Yoshiteru (1536-1565). Il porte un kosode à motifs en damiers (dangawari) et un hitatare en soie d'été transparent. Le bord vert clair de sa tunique de dessous (shitagi) est visible au niveau du col. Le type de coiffe eboshi s'accorde avec le hitatare. À cette époque, selon le code vestimentaire en vigueur, il était accepté de poser pieds nus.
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Portrait de Momonoi Naoakira, peint par Tosa Mitsunobu, seconde moitié du 15e siècle.
Il est considéré comme étant à l'origine des
kôwakamai, un style de danse accompagnée de chants récitatifs, populaire au cours de la moitié de l'époque de Muromachi et de l'époque de Momoyama. Il porte ici un eboshi plié de cérémonie, un hitatare bleu avec des motifs de tortues et grues tenant une branche de pin dans leur bec.
DAIMON
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Portrait de Môri Motonari.
Pendant cette période, un autre habit se généralisa au sein de la classe guerrière, le
daimon qui comportait des kamon de taille exagérément agrandie à des emplacements dictés par des règles strictes. Ici, ce daimon aux armes de la famille, comporte 9 kamon. Les différents cordons sont identiques à ceux du hitatare.
KO-NÔSHI
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Le konôshi combine la simplicité de la robe de chasse kariginu avec le besoin de formalité. Il était aussi appelé kariginu-nôshi ou uran-kariginu (kariginu muni de la pièce de tissu ran, rajoutée en bas). Très pratique, il était déjà utilisé à l'époque de Heian et de Kamakura par la noblesse mais de manière générale, l'empereur, les princes, les ministres, les généraux et les personnes de rang supérieur ne portaient pas le konôshi.
À partir de la période de Muromachi, la forme de la coiffe
eboshi a changé et elle est désormais laquée en noir et maintenue par des cordons (kake) de couleurs différentes. Le hakama (sashinuki) était en général bleu indigo clair au-delà de 40 ans et la couleur s'éclaircissait en fonction de l'âge, si bien qu'après avoir dépassé 70 ans, il était blanc.
SUÔ
À l'origine, le suô était un vêtement de chanvre sans emblème (kamon), porté en temps ordinaire par les guerriers de rang inférieur. Sa forme était identique à celle du hitatare réservé aux grandes familles de guerriers. Les premiers suô se composaient de deux parties faites dans le même tissu: un hakama et une veste. Aucune règle particulière ne régissait le choix de la couleur ou des motifs. À partir de l'époque de Muromachi, on prit l'habitude d'y apposer les emblèmes de la famille (kamon): en général, cinq sur la veste et deux (puis quatre) sur le hakama. Jusqu'à l'époque de Azuchi-Momoyama, le haut et le bas ont toujours été dans la même étoffe et de la même couleur. Des cordons devant sur la poitrine (munahimo) et des sortes d'oeillets en forme de chrysanthèmes (kikutoji) retenaient l'ensemble. Ces liens étaient tressés ou faits de peau de daim.
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"Une écurie", paire de paravents à 6 panneaux, époque Muromachi, 16e siècle.
Les guerriers éprouvaient pour leurs chevaux une affection particulière et une grande fierté. Les écuries étaient aussi des centres sociaux et de divertissement bâtis majestueusement et conservés très propres. Ici, des guerriers font une partie de dés (
sugoroku).
Le 2e personnage de gauche porte un
suô qui est la tenue quotidienne des bushi et un eboshi de forme particulière (orieboshi). La particularité du suô se situe dans la ceinture qui est du même tissu (lin), mais pour des occasions très informelles, le haut et le bas pouvaient être différents (l'équivalent actuel d'une veste et d'un pantalon).
KATAGINU-BAKAMA
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Autrefois, se présenter devant quelqu'un tête nue était d'une grande impolitesse. Au cours des années Muromachi, une mode qui consistait à sortir sans coiffe ni eboshi, le haut du crâne rasé (sakayuki) se répandit. Les portraits de guerriers (à gauche) en kataginu-bakama seront en vogue jusqu'aux années Momoyama. Ce haut sans manche assorti d'un hakama, qui était en fait une forme simplifiée du suô, fit fureur. Dans un document de 1482, il est précisé que cette tenue était réservée aux jeunes gens jusqu'à l'âge de 14-15 ans mais dans un rouleau peint de 1524 (ci-dessus à droite), on remarque deux jeunes hommes qui ont adopté une des modes étranges de l'époque: haut du crâne rasé et kataginu-bakama de style katamigawari, c'est à dire que les motifs et les couleurs sont différents de chaque côté. Fin Muromachi, cette tenue fut communément portée par les guerriers plus âgés pour finalement devenir un habit formel au cours de période suivante de Momoyama.
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"Une écurie", paire de paravents à 6 panneaux, époque Muromachi, 16e siècle.
Partie de go et moment de détente pour ces guerriers. Le personnage agenouillé à l'avant porte un
kata-ginu-bakama.
SUIKAN
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Ensemble suikan et hakama court (kukuri-bakama), en soie orné de broderies (roses et pont en bois à moitié dissimulé). Époque Muromachi (1454).
À l'origine, seuls les fonctionnaires sans rang et les gens du commun portaient le
suikan (en toile de chanvre) mais à partir de l'époque de Kamakura, il fut communément utilisé par les nobles et les guerriers. Celui-ci est un costume porté lors de spectacles de danses.
GUERRIERS COMBATTANTS
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Guerrier en armure hara-maki, une version simplifiée du dômaru. À l'origine, elle se fermait au milieu du dos, le laissant ainsi mal protégé. Quelques améliorations plus tard, une version plus protectrice fut créée avec l'ajout d'une sorte de dorsale appelée se-ita ou okubyô-ita (planche de la timidité). Le bas de l'amure (kusazuri) comportait 7 tassettes distinctes. Les armures de ce type qui nous sont parvenues datent toutes de la fin du 14e siècle. Les bras sont protégés par des gantelets kote et le bas des jambes par des jambières recouvertes à l'avant de protections métalliques sune-ate. Les pieds sont à peine protégés par des tabi en cuir et des sandales de paille ashinaka. Le sabre tachi est recouvert d'un fourreau en cuir. À cette époque, les guerriers pouvaient aussi porter des protections fixées sur le haut des jambes haidate.
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Ce fantassin de rang inférieur porte une armure légère nommée hara-ate qui ne lui protège que le haut du ventre. Sa tenue est simple: une coiffe samurai-eboshi, une veste aux manches étroites (tebosu), une sorte de hakama court aux jambes étroites (yonobakama), des jambières et des sandales de paille ashinaka. Un sabre uchigatana est suspendu sur sa hanche et à la main, il tient une hallebarde nagitana.
Ces hommes de pied recrutés dans les couches populaires, armés de longues piques vont jambes nues pour pouvoir courir facilement. Soldatesque de gens déracinés, anciens paysans ou voyous venus dans l'espoir de butin, enrôlés de force, ils réquisitionnent bétail et vivres, pillent et brûlent maisons et temples.
DÔFUKU
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Le
dôfuku est une veste mi-longue portée par les guerriers de haut-rang par dessus leurs vêtements ou leur armure, de la fin de la période de Muromachi jusqu'au début du 17e siècle. Les matériaux, les motifs et le style étaient variés.

MARCHANDS, ARTISANS, PAYSANS, ACTEURS
À cette époque, la hausse de la production agricole est remarquable et la production artisanale (produits métallurgiques et textiles, papeterie, distillerie), minière, celle du sel, la pêche se développent considérablement et sont à l'origine d'une économie marchande et d'une intensification de l'emploi des monnaies. Foires, marchands grossistes, guildes sont de plus en plus nombreux. Des classes de marchands urbains et d'artisans se développent (dont les prêteurs d'argent et les usuriers). L'essor commercial favorise les échanges et de nouvelles professions comme convoyeurs, loueurs de chevaux etc… La société change, les thèmes littéraires ou les rouleaux (peints ou dessinés) emaki mono mettent en scène de plus en plus souvent des gens issus de ces catégories sociales. D'une certaine manière, la culture du Moyen Age est à l'image de la formidable instabilité sociale de l'époque et reflète le désir des couches populaires d'avoir une prise plus forte sur leur destin.
Le mode d'habillement se transforma et fusionna: les sous-vêtements des nobles et le vêtement des gens du peuple s'unifièrent pour former le
kosode, sans différence de classe. On commença à voir apparaître des dessins qui ornaient les kosode du peuple. Mais les manches restaient toujours courtes et le obi n'était qu'une simple ficelle ou cordelette.
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七十一番職人歌合 (Nanajû ichiban shokunin uta awase), milieu 16e siècle
Vendeuse de
tokoroten (gelée d'agar-agar vendue sous forme de nouilles) et vendeur de vinaigre de riz.

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Pêcheur qui répare filets et cordages et homme de la montagne qui vend des fagots, des peaux et de la viande de gibier. La notion de souillure prend une dimension nouvelle, envahissante, dans la seconde phase du Moyen Age. Elle s'étend peu à peu à des tabous concernant la consommation de viande animale. Le gros gibier (sanglier et chevreuil) est frappé d'interdit à la consommation et disparaît de la table impériale dès le 12e siècle. La consommation de viande en général et surtout de viande rouge devient taboue y compris parmi les guerriers de l'Est du japon, pourtant grands amateurs de chasse. Mais ces interdictions ne touchent pas les couches populaires et l'on sait que la consommation de sanglier et de chien était encore fréquente au 15e siècle.
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Marchands de poissons et produits de la mer

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Fabricants d'outils agricoles

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EXTRAVAGANCES VESTIMENTAIRES MAIS PAS QUE…
Au début du14e siècle, de plus en plus de personnes affectent des conduites étranges, tapageuses, extravagantes et des comportements hors du commun (basara) souvent fondés sur l'égoïsme et la provocation violente. Les manières de penser, de s'habiller et de s'amuser changent vite. Au Moyen Âge, les costumes, les coiffures et les coiffes sont communément admis comme des codes sociaux indiquant le statut et le milieu de chaque individu. Le luxe ou l'extravagance des costumes sont donc considérés comme une forme de contestation des conventions. Certains personnages s'affichent avec des costumes étranges aux couleurs criardes qu'ils affectent de porter avec un certain relâchement. Les chasseurs et les habitants des montagnes portaient fréquemment des peaux de renard pendues à la taille et cette habitude se répandit parmi les habitants des villes pour affirmer une désinvolture virile et un air farouche en réaction contre un certain bouddhisme. Des femmes arborent des coiffes masculines leur couvrant une partie du visage pour mieux se fondre dans la foule. Cette confusion des moeurs finit par inquiéter le shôgunat qui fait interdire le port de tenues basara dans certains lieux publics mais sans véritable efficacité.
Extrait de "
Nouvelle histoire du Japon".

"Le mot
basara recoupe très exactement l'apparition d'une culture qui allait accompagner la dissolution des hiérarchies antérieures, et l'étendre… L'emploi de ce mot se répand au début du 14e siècle à propos de banquets insoucieux, d'affrontements violents, du luxe ostentatoire comme du port de vêtements réservés aux catégories discriminées… Ce courant, qui fut comme l'avant-garde de désordres plus graves du monde renversé, évoquerait presque la naissance d'une mode, par son pouvoir de diffusion à travers un grand nombre de domaines différents, mais une mode dangereuse et peu goûtées des autorités qui s'efforceront en vain de la contenir à un milieu restreint composé d'akutô, d'une petite minorité de seigneurs indociles et du secteur mal défini des conteurs, joueurs professionnels, marchands ambulants et courtisanes."
Extrait de "La fin de Muromachi", Pascal Moatti
COSTUMES FÉMININS
À partir du 16e siècle, l'influence des broderies et des brocarts des Ming se conjugue avec les goûts de la classe guerrière éprise de luxe et soucieuse de prestige.
UCHIKAKE
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Lors de cérémonies officielles, les femmes portaient par-dessus leur tenue, un lourd kosode (uchikake) posé sur les épaules, maintenu ouvert et paré de couleurs vives et de brocarts.
En 1479, au cours d'un banquet, l'empereur Gotsuchi-mikado autorisa la femme de Ashikaga Yorimasa, Hino Tomiko, à le porter.
KOSHIMAKI
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Tenue en vogue pendant la période de Muromachi et jusqu'au début du 17e siècle, le koshimaki était une tenue formelle estivale et confortable adoptée par les dames de la cour impériale. Ce style perdura auprès des femmes de la haute aristocratie militaire pendant l'époque d'Edo. Retenu et noué à la taille, le vêtement se portait sur le kosode, manches non enfilées, de sorte que le haut de la robe pendait sur le dos. Le hitoe (kosode sans doublure) porté sous le koshimaki est en soie d'été.
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Portrait de Oichi no Kata (1547-1583), soeur de Oda Nobunaga et épouse de Asai Nagamasa, daimyô de la province d'Ômi pendant la période sengoku-jidai.
Elle a adopté le style en vogue à la cour avec un
uchikake noué autour de la taille sur un kosode blanc.
KOSODE
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Les femmes de guerriers de haut rang abandonnèrent le hakama et commencèrent à porter un kimono plus long, visible dans sa totalité. La ceinture du hakama permettant jusque-là de maintenir le kosode en place, il fallut y trouver un substitut. Le obi allait remplir ce rôle à la perfection. Il n’était encore qu’une étroite ceinture de quelques centimètres de large. C'est ainsi que la mode féminine s'élabora ainsi peu à peu.
Cette femme qui appartient à l'élite guerrière porte une tenue semi-formelle de sortie fermée par un
obi étroit. Le kosode est long et très large au niveau du corps mais les manches sont courtes. Elle a recouvert sa tête d'un second kosode nommé kadzuki. Le bandeau en tissu qui lui ceint la tête est un katsura-obi.
Le
kosode devint un vêtement d’extérieur à part entière et son aspect (couleurs et matières) évolua considérablement. On lui appliqua les techniques de teintures des vêtements d’apparat de la cour. La forme originale du kosode actuel, porté comme vêtement d’usage courant ou exceptionnel apparut donc à ce moment.
LES KOSODE DE MUROMACHI
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LES FEMMES AU TRAVAIL: MARCHANDES, ARTISANES, DANSEUSES…
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Les femmes de Ôhara au nord de Kyôto au pied du mont Hiei vendaient du charbon de bois, des fagots et du bois de chauffage en les portant sur la tête. Leur tenue était caractéristique: un kosode noir sur une tunique blanche fermés par une ceinture rayée rouge et blanche, des protections pour leurs mains (tekô), des jambières et des sandales de paille tressée waraji.
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Cette femme de Katsura, dans la banlieue ouest de Kyôto vendait de petits poissons (ayu) pêchés dans la rivière Katsura dans un baquet posé sur sa tête. Ces vendeuses avaient l'habitude de nouer un tissu autour de leur tête appelé katsura-tsutsumi dont l'origine lointaine reste incertaine et portaient des kosode en lin.
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Danseuses et musiciennes avec tambourins. Au second plan une shirabyôshi qui porte un long hakama (nagabakama) rouge et un kosode avec un suikan. Parmi ces danseuses, de nombreuses filles de joie (yûjo). Les danses shirabyôshi connurent leur heure de gloire à l'époque de Heian et de Kamakura mais avec l'essor de nouveaux types de spectacles, elles disparurent peu à peu au profit du théâtre nô.
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Vendeurs de charbon de bois

LES TISSAGES
L'importation chinoise de satins, de brocarts, de crêpes de soie et de nouvelles techniques de tissage associée au talent et aux capacités techniques des tisserands japonais apportèrent un nouvel élan à l'activité textile. Ceux-ci avaient assimilé toutes les finesse de l'art du tissage et décoraient les vêtements de broderies compliquées avec des motifs de fils d'or et d'argent. Ces magnifiques kosode, exclusivement réservés à l'usage de la haute société et qui peuvent encore servir aujourd'hui de costumes de théâtre no, sont les exemples parfaits du savoir-faire artisanal japonais.
TSUJIGAHANA
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Tissu de kosode, période de Momoyama.

Cette technique décorative est apparue au cours de la période de Muromachi et a connu son heure de gloire un peu plus tard, au sein des classes de l'élite de Momoyama pour connaître un déclin soudain au cours des années Edo. On suppose que ce style s'inspire des vêtements aux motifs teints portés dans les classes populaires.
Cette innovation extrêmement complexe combine à la fois le t
ie and dye (shibori), le dessin à l'encre peint à la main (kaki-e), l'embellissement par l'application (surihaku) de feuilles d'or ou d'argent et l'ajout de broderies (nuihaku).
Sa caractéristique est une teinture par réserve: le
shibori-zome. Il en existe plusieurs variétés mais la plupart consiste à passer un fil dans les contours des motifs qui ne sont pas destinés à recevoir la teinture. La partie cousue est recouverte d'une pâte résistante à la teinture ou alors couverte et protégée pendant l'immersion dans le bain de teinture. On obtient alors une variété de motifs.
L'autre technique la plus caractéristique associée au
tsujigahana est la peinture au pinceau à l'encre; c'est une pigmentation plutôt qu'une teinture. Le décor est soit de style hakubyô, symbolisé par ses délicats contours ombrés, soit de style suibokuga, aux lignes plus précises, épaisses ou fines. Ces deux procédés picturaux étaient également employés dans la peinture sur paravents, rouleaux ou albums.
Au début du 17e siècle, ce procédé trop onéreux fut délaissé au profit de la seule teinture
shibori-zome (motif kanoko).
NUIHAKU
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Kosode nuihaku, décoré de motifs brodés et de feuilles d'or et d'argent. Conçu à l'origine pour une dame de haut rang, il a été utilisé plus tard comme costume de théâtre (16e-17e siècle)

Le nuihaku combine les broderies et l'application de feuilles d'or et d'argent pour créer un effet de contraste entre les reliefs des fils de soie et les surfaces planes et lustrées des feuilles métalliques. La broderie s'inspire d'un point populaire de la dynastie Ming (Chine) que les Japonais nomme watashi. Les rouge, jaune et vert sont les couleurs dominantes des broderies peu espacées et entourées de feuilles métalliques pour un résultat riche et somptueux.
SURIHAKU
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Furisode d'enfant (1583) avec association de broderies.

Cette technique a été largement utilisée pour remplacer les luxueux tissus importés de Chine et s'est surtout développée au cours de la période de Momoyama, dans la réalisation exclusive de somptueux kosode que seules les femmes de l'élite pouvaient s'offrir. Les motifs étaient encore d'inspiration chinoise et il faudra attendre les années Edo pour que les tisserands déploient toute leur créativité et leur virtuosité technique aussi bien dans le choix des motifs que dans leur disposition.
Le procédé consiste à appliquer des feuilles de métal (or ou argent) sur un dessin réalisé au préalable. Les tissus sont en général des satins (
rinzu ou shusu). Il peut être utilisé seul ou associé à d'autres techniques comme celle du tsujigahana. Le nuihaku combine les broderies et l'application de feuilles d'or et d'argent pour créer un effet de contraste entre les reliefs des fils de soie et les surfaces planes et lustrées des feuilles métalliques.
BROCART ET MEIBUTSUGIRE
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Précieux cha-ire (contenant pour la poudre de thé vert) protégés par des tissus meibutsugire (15e~16e siècle).

Les premiers brocarts d'or et d'argent (kinran, ginran) et les tissus de gaze de soie ornés de motifs brodés au fil d'or et d'argent furent importés de Chine au Japon pendant l'époque de Kamakura, par des moines zen Ils furent utilisés pour les costumes de spectacles de danse bugaku. Dans le Rokuon Nichiroku 鹿苑日録, il est mentionné que le premier vêtement de brocart a été porté par un marchand fortuné de Kyôto en 1592.
Les acteurs de cette époque furent impressionnés par ces tissus exceptionnels et luxueux dont les motifs étaient réalisés en ajoutant des fils recouverts d'or ou d'agent dans le tissage pour laisser apparaître des formes en arabesques, des pivoines, des chrysanthèmes, des clématites, des dragons, des fleurs de paulownia, des phoenix… Plusieurs centaines de ces tissus précieux
jidaigire ou meibutsugire furent répertoriés dans des catalogues. Ils furent particulièrement appréciés et admirés par les adeptes du thé et l'élite entre le 14e et le 17e siècle. La plupart des tissus sont des brocarts mais on trouve aussi des tissus rayés et à carreaux (kantô 間道), des indiennes (sarasa 更紗), des damas (donzu 緞子), etc… Chacun porte un nom, soit de leur propriétaire, d'un moine, d'un temple connu, d'un daimyô, d'un maître de thé, d'une anecdote historique… Ils se distinguent aussi par leurs motifs et leur ordre d'arrivée au Japon.
COSTUMES DE NÔ, NÔ-SHÔZOKU
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Le karaori est un tissu broché proche de la broderie fidèle à la méthode chinoise. C'est le plus luxueux des brocarts. Par sa technique et ses motifs, il est non seulement le symbole du mais encore celui de la haute tradition textile japonaise. Karaori, c'est aussi le nom donné à un costume de de coupe kosode porté pour les rôles féminins.

Les tissus damassés ou brocardés comme le très précieux karaori par exemple (littéralement “tissage chinois”, qui présente des motifs tissés pouvant se confondre avec des broderies) furent produits en quantité. C’est également au cours de cette période que les broderies commencèrent à faire leur apparition. Elles offraient la possibilité de reproduire plus aisément et librement toutes sortes de motifs et présentaient l’avantage non négligeable de se confondre avec les brocarts karaori très onéreux. Ces techniques exceptionnelles commencèrent à être utilisées dans la confection des costumes du théâtre .
Le théâtre
est était un divertissement populaire et provincial, joué par des saltimbanques, méprisés et discriminés pour leur statut inférieur. Il connaît un succès étonnant à Kyôto en pleine guerre civile et il est prisé aussi bien par les grands aristocrates de la cour, les puissants guerriers qui entourent le shôgun, les marchands des environs de la ville ou les paysans. Le plaisait aux samurai car il retraçait les vies héroïques et tragiques de leurs ancêtres.
Le style des anciens costumes fut peu à peu abandonné et remplacé par des robes aux décors flamboyants. C'est sur la scène du théâtre
que l'art du textile connut ses plus belles réalisations à l'époque d'Edo. Dans les premiers temps, ces costumes se différenciaient peu des vêtements de l'aristocratie et ils suivaient les types de tissage et de décor de leur époque. Dans la seconde moitié du 15e siècle, une codification complexe fut appliquée touchant aussi bien les modèles dans leurs détails que les techniques décoratives. Plus tard, ces costumes somptueux n'offraient plus que des motifs tissés, brodés ou appliqués à la feuille d'or et d'argent.
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