Les kimono de cette période d'Edo (1603-1750) représentent l'apogée de l'histoire du costume japonais et des textiles associés. Les kosode qui, depuis la fin des années Muromachi constituaient l'élément principal de la garde-robe des différentes classes sociales, devinrent alors un indicateur absolu de la position sociale de chacun.



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Haut (kataginu) et hakama très long (nagabakama) sur un kosode.

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Tenue officielle de daimyô et de bushi de haut rang: daimon nagabakama

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Tenue officielle de daimyô et de bushi de haut rang: suô sur un kosode

Dès le début du 17e siècle, les hommes de la classe guerrière portaient la tenue kamishimo en présence du shôgun, mais dans la vie ordinaire, hommes et femmes portaient le kosode et le hakama. Pourtant, même les habits de tous les jours devinrent graduellement plus coquets avec l’apparition de matériaux teints et de motifs raffinés qui sont encore reproduits sur les kimonos contemporains.
Les représentations picturales de l'époque nous montrent des kosode richement brodés et teints, portés larges mais avec des manches assez courtes laissant voir l'avant-bras. Le obi qui ne servait alors qu'à maintenir le kimono fermé était très étroit.
Pour sortir et afin de ne pas être reconnue, les femmes de daimyô, de guerriers de haut rang ou de riches marchands pouvaient recouvrir leur tête d'un second
kosode (kazuki).
Le tissu de base du kimono était quasiment invisible: en effet, sur la surface entière du kimono, les décors aux formes géométriques et asymétriques étaient souvent disposés en diagonale et de somptueuses broderies associées à des feuilles d'or ou d'argent évoquaient des plantes ou des fleurs diverses, des formes animalières ou des objets précieux. La complexité et le coût inhérents à ce style le limitait à la classe des samurai ou aux chônin (classe des bourgeois) cultivés.
Les
kosode non doublés en coton, lin ou ramie, également appelés katabira, tissés à l’aide de fils torsadés à la main et décorés de motifs teints à l’indigo ou de broderies, étaient portés en été par les élégantes aristocrates.
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Le
kosode qui n'était autrefois qu'un sous-vêtement ou un vêtement de travail porté par le peuple, acquiert au cours de cette période un nouveau statut et devient alors un kimono. Le obi n'est plus seulement une simple cordelette et commence à s'élargir.
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Tenue de sortie pour épouse haut rang: sur un kimono (
aigi) et une sorte de uchikake fermé par une cordelette, elle porte un long manteau qui lui recouvre la tête (kazuki).

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► LES DÉBUTS DU KOSODE: de l'ère Keichô (1595-1615) à l'ère Kan-ei (1624-1644)
Cette période de transition montre un mélange des genres peu communs où les excès se côtoient. Les conséquences sociales des conflits militaires constants des années Sengoku (milieu 15e~fin 16e) où combattaient de féroces guerriers se mêlent au luxe et à la grandeur caractéristiques de l'époque de Momoyama.
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KOSODE DE LA CLASSE GUERRIÈRE
Les kosode de l'époque Keichô (1596-1615) ou Keichô kosode furent très à la mode parmi les femmes de la classe guerrière. Confectionnés surtout dans des satins, ils étaient ornés, sur toute la surface, de motifs réalisés à l'aide de techniques variées (surihaku, shibori, broderies) à tel point que le tissu d'origine n'était même plus visible. Les couleurs dominantes étaient le noir, le rouge et le blanc. Ces kosode étaient également surnommés nuihaku kosode. Ces parures luxueuses furent également portées par les épouses de riches commerçants et par la suite, par les courtisanes des quartiers de plaisirs de Kyôto dès le milieu du 17e siècle.
Comparés à ceux de l'époque précédente, la longueur des manches augmenta légèrement et la structure des motifs, mêlant dans un joyeux désordre courbes, lignes droites, formes géométriques variées, motifs animaliers et floraux, objets du quotidien brodés..., se complexifia jusqu'à devenir abstraite.
Ce style de kosode persista jusque dans les années de l'ère Kanbun (1661-73), avec quelques modifications.
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KOSODE DE LA CLASSE BOURGEOISE
Pour les femmes de la classe marchande, les occasions d'arborer de tels vêtements étaient exceptionnelles (si elles officiaient comme servantes dans les résidences de bushi de haut rang, elles pouvaient se voir offrir un tel kosode par leur employeur et ainsi, l'arboraient lors cérémonies de mariage ou de sorties exceptionnelles). Les kosode en vogue auprès des femmes de la classe marchande s'inspiraient ouvertement des keichô kosode. La grande différence résidait dans les techniques employées. Ici, les teintures shibori et l'utilisation du dessin tracé (tsujigahana) déterminaient des motifs aux traits plus libres et plus hardis.
Les femmes de le classe bourgeoise, qui rêvaient de posséder et de revêtir ces luxueux
keichô kosode, se sont tournées vers un genre nouveau, peut-être influencées par une mode originale et réservée alors à un groupe restreint regroupant courtisanes et kabukimono. Ces rônin se caractérisaient par un comportement extravagant, voire violent, et une tenue vestimentaire originale et excentrique qui attirait le regard et leur permettait de s'affirmer dans une société où ils n'avaient pas de statut bien défini. Les motifs qui ornaient leurs kosode étaient réalisés par des teintures de type shibori.
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Jeunes extravagants (kabukimono) du début de cette période.

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En 1657 (année Meireiki 3), un gigantesque incendie détruisit la moitié d'Edo et fit 100000 victimes. Les épouses de guerriers et de riches marchands y perdirent la majorité de leurs kimonos. Tout était à reconstruire. Des lois somptuaires furent instaurées.

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▶︎ ÉVOLUTION DU KOSODE: essor de la culture marchande de l'ère Kanbun à l'ère Jôkyô (1661-1684)
La culture de la classe marchande commence à prendre une place importante au milieu du 17e siècle. Après les incendies de 1657 et de 1661 à Edo, la reconstruction d'une grande partie de la ville s'impose et les quartiers marchands s'organisent. Cette urbanisation croissante associée à une demande importante de biens de consommation voit l'établissement d'une classe marchande et artisanale qui prospère rapidement. Les deux formes précédentes de kosode continuèrent à être portées et à s'influencer mutuellement pendant plusieurs décennies pour finalement ne faire plus qu'un et aboutir aux kosode de l'ère Kanbun (1661-1673).
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Les kimonos se parèrent d’une ornementation hardie et asymétrique qui commençait sur l'épaule gauche pour finir vers l'ourlet du côté droit en formant une courbe arrondie (il existait également des modèles où les motifs partaient de l'épaule droite), laissant vierges des espaces entre les superbes motifs. Ceux-ci étaient souvent réalisés dans les tons rouge, noir, blanc, or et argent accentuant encore l'impression de luxe qui se dégageait de ces vêtements. Ils étaient obtenus par teintures shibori, broderies, dessins tracés et surihaku par endroits.
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Kanbun kosode (1661-1673):
la forme se finalise et n'évoluera plus guère: il est plus étroit alors que les manches s'élargissent et rallongent.
Il est assez long et le pli à la taille (
hashori) n'existe pas encore, ce qui rend la marche peu aisée.
Le obi s'élargit un peu et se porte assez bas.
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Vers 1681-1684:
ce jeune acteur de kabuki porte un kanbun kosode à bandes horizontales disposées au niveau des épaules, des hanches et de l'ourlet.
Détail innovant: la ceinture de dessous retient le kimono à la taille et annonce le
hashori.
Les représentations étaient très variées mais n'occupaient pas toute la surface: flore, faune, objets du quotidien, kanji. Ces larges zones sans décor n'étaient pas seulement dictées par un but esthétique. En effet, ce style s'est imposé suite aux deux grands incendies d'Edo (1657 et 1661) où beaucoup de citadins perdirent tous leurs biens. Un besoin pressant de vêtements nouveaux s'imposa. Choisir de concentrer les décors sur des espaces réduits nécessitant des techniques difficiles permit une production massive. Le kanbun kosode était le reflet de la nouvelle classe bourgeoise et de ses goûts.
Les nombreuses allusions littéraires médiévales, chinoises et japonaises, faisant référence à un poème ou à une légende furent reprises avec succès et une solide connaissance des classiques était nécessaire pour pouvoir les interpréter.
Devant la puissance grandissante et l'enrichissement de cette classe marchande, le gouvernement impose alors des lois somptuaires (1683) pour limiter cette demande de luxe; ainsi les broderies, les ajouts de feuilles d'or et certaines teintures seront interdits (mais habilement détournés).
La mode des kanbun kosode se poursuivra jusqu'à la fin du 17e siècle pour faire place à un nouveau style.

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Feuilles d'érable ornées de petites fleurs de saison
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Les kosode ornés de cadres furent très populaires au début de la période d'Edo