Les années Genroku (1688-1704) qui témoignent d'un âge d'or artistique, virent naître un style qui persista jusqu'au milieu du 18e siècle. Les épouses et les filles de la richissime classe marchande des villes dépensaient des sommes faramineuses pour acquérir le kimono de leur choix. Broderies, tissages précieux et techniques tinctoriales avaient alors atteint leur apogée et les représentations d'images peintes (estampes) par des artistes connus et à la mode relayaient cet engouement.


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La plus grande partie des motifs apparaissait sur le devant, les épaules et le bas du vêtement. Des objets usuels (chapeaux, clôtures, rideaux, instruments de musique, bateaux…) devinrent des motifs populaires. L’élargissement du obi commença à cette époque et passa de 5 à 20 cm, ce qui coupait les motifs du dos; les fabricants prirent donc l’habitude de les diviser et parfois même de ne décorer que la partie inférieure du vêtement, laissant le centre vide. La sobriété du obi atténue l'ensemble et apporte sa touche d'élégance. À la fin du 17e siècle, de nouvelles techniques de teintures firent leur apparition (yûzen some) et connurent une grande vogue auprès des femmes de la classe marchande jusqu'au début de l'ère Genroku (vers 1690). Les motifs de type yûzen (floraux notamment) se répartissaient sur toute la surface du kosode. Cette mode dura peu et commença à décliner vers 1692. Les possibilités offertes par ces nouveaux procédés permirent l'utilisation d'une gamme élargie de couleurs et de dégradés.
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L'invention de Miyazaki Yûzensai influença l’ornementation des kosode et réduisit considérablement les prix de fabrication à une époque où les teinturiers rivalisaient pour mettre au point des techniques susceptibles d’élargir les perspectives picturales de leur profession. Ce procédé permit d’obtenir des couleurs jamais obtenues avec les techniques précédentes. Ici, on « teignait en peignant » : la teinture était appliquée sur le tissu. Sur les 7 pièces nécessaires à l’assemblage du kimono, on traçait une ébauche à l’encre de Chine qui était reprise à la colle ; on recouvrait le kimono d’une pâte résistante puis on lavait le tout ; la colle se dissolvait et laissait apparaître les traces blanches parmi les parties teintes. La broderie passait ainsi en second plan; le choix des thèmes s’élargit et les combinaisons devinrent plus complexes.

KOSODE DE LA CLASSE BOURGEOISE

Les kosode des femmes des classes guerrières et bourgeoises évoluèrent différemment à partir de cette époque. Les femmes aisées de la classe marchande remplacèrent les satins de leurs vêtements par de la soie chirimen qui mettaient mieux en valeur les motifs obtenus par les nouveaux procédés de teintures (en dehors toutefois de leurs vêtements d'été). Grâce aux progrès de la teinture yûzen, les motifs occupèrent la surface du kosode à la manière d'un tableau. De plus, les voyages, qui étaient très à la mode au milieu du 18e siècle, favorisèrent cet engouement pour les paysages et l'on vit apparaître sur les vêtements de véritables scènes de paysages célèbres.
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Les premiers carnets d’échantillons (
hinagata) apparurent avec des motifs de plus en plus variés qui figuraient en association (moineaux et bambous par exemple) ou en relation avec des thèmes imaginaires, tirés de contes ou de poésies japonaises ou chinoises. Sur chaque page, un motif était imprimé en noir et blanc.
Au cours de l'ère suivante (Kyôho, 1716-1736), les lois somptuaires instaurées auparavant semblent peu efficaces face au pouvoir économique de la classe marchande. Le 8e shôgun Tokugawa Yoshimune tente de remédier aux difficultés économiques et sociales qui durent depuis la fin du 17e siècle en adoptant plusieurs réformes visant à à rationaliser les dépenses. Les tissus et les vêtements n'échappent pas à ces mesures restrictives et deviennent plus sobres.
Les teintures yûzen se diffusent un peu partout et une nouvelle disposition des motifs, très en vogue, orne le kimono à partir de la taille jusqu'à l'ourlet alors que le haut du vêtement reste uni. Cette mode perdurera jusque dans les années 1740.
Le obi se porte plus large et plus long, permettant ainsi de nombreuses variations dans la manière de le nouer. Ce sont encore des acteurs de kabuki (onnagata) qui lanceront les modes, reprises ensuite par les jeunes filles.
Les coiffures nouées ou en chignon sont alors à la mode dans de nombreuses variantes. Commencent à apparaître toutes sortes d'ornements, d'accessoires et d'astuces pour les maintenir en place. Le chignon noué à l'arrière est né au cours de ces années.


KOSODE DE LA CLASSE GUERRIÈRE

Face aux femmes de la classe bourgeoise, éprises de nouveautés et qui furent les premières à préférer et à adopter les nouvelles techniques de teintures, les femmes de la classe des bushi (guerriers), de tendance plutôt conservatrice, réagirent tardivement aux nouvelles modes. Conscientes de la supériorité de leur statut social, elles résistèrent certainement à une mode qui ravissait les femmes de classes inférieures. L'évolution de leur kosode poursuivit deux tendances jusqu'à la fin du 19e siècle.
Jusque dans les années 1715, les motifs dorsaux des
kosode furent apposés sur le côté droit, laissant un espace vide plus ou moins large au niveau de la taille et sur la gauche. Un des motifs traditionnels très apprécié représentait un arbre (prunier, cerisier, pin...) sur la droite. Notons que le même thème ornait également les kosode des femmes de marchands mais sur de la soie chirimen et teint selon le nouveau procédé yûzen. Vers les années 1710, les motifs migrèrent vers le haut et le bas du dos du kosode. Les motifs du haut montrèrent tout d'abord des similitudes avec ceux du bas puis peu à peu, ils se différencièrent complètement. Cette nouvelle tendance, très en vogue dans les années 1720, se retrouve à nouveau sur les kosode des femmes de la classe bourgeoise. La raison de ce choix fut certainement dictée par la largeur des obi en vigueur en ce début de 18e siècle.
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MARCHANDS CITADINS, PAYSANS ET PÊCHEURS

A cette époque, la laine n’était pas encore utilisée et le port de la soie de même que les motifs trop voyants furent interdits par des lois somptuaires (1683, 1689 et 1721) édictées par le gouvernement shôgunal. Seuls les samurai étaient autorisés à porter le habutae (lourd kimono en taffetas). Les gens du peuple portaient au quotidien des vêtements de coton ou de lin.
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Marchand aisé qui porte sur son kimono un haori en papier washi traité et doublé de soie.
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Obi noué dans le dos avec un kosode rayé.
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La cape a été introduite par les Portugais, fin 16e. Elle est portée sur un kosode dont le bas été relevé.
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Look
iki (élégant, branché, chic…) et un rien provocant d'un marchand aisé du milieu des années Edo qui a retiré un côté de son kosode et de son haori pour montrer son juban en papier washi (traité pour pouvoir en faire des vêtement).

Ainsi de la fin du 17e siècle jusque dans les années 1735, les kosode des femmes de bourgeois et de guerriers se ressemblaient étrangement avec pour seules différences, les techniques tinctoriales et ornementales. Ce n'est qu'au milieu du 18e siècle qu'une véritable scission commença à apparaître pour aboutir plus tard à une conception commune.