La capitale transférée de Nara à Heian-kyô annonça le début de la période de Heian (794-1192). La domination exclusive de la famille Fujiwara, la naissance et le développement des domaines, la multiplication des liens de clientèle marquèrent l'entrée dans un nouvel âge. Au début de l'ère, le Japon interrompit ses relations diplomatiques avec la Chine et l'on vit naître un style proprement japonais dans tous les domaines (architecture, arts, écriture, costumes…).
Le protocole jouait alors un rôle central dans la vie du cour où les cérémonies constituaient la base du "gouvernement par les rites" selon la conception chinoise de tradition confucéenne. Le vêtement faisait l'objet de règles précises relatives à la combinaison des tissus, des couleurs et des motifs. Chacun devait trouver un équilibre subtil entre l'observation des règles de l'étiquette et son inspiration personnelle.


La cour s'isola dans un monde de littérature, de peinture et de plaisirs (poésie, musique, festivals et cérémonies diverses, voie de l'encens, mode vestimentaire...). Courtisans et courtisanes se devaient d'afficher leur sens de l'esthétique et du raffinement en choisissant avec un soin particulier les associations de couleurs de leurs parures qui ne manquaient pas de s'accorder à la saison, aux couleurs présentes dans la nature, au moment de la journée, à l'humeur, aux sentiments du moment... Une réputation pouvait se faire ou se défaire sur le simple choix d'une combinaison heureuse ou malheureuse de couleurs !

Ces déclinaisons imitaient les nuances présentes dans la nature et se montraient au niveau du col, des poignets et de la traîne.
Ces combinaisons qui étaient tout d'abord des choix personnels se standardisèrent et s'officialisèrent peu à peu pour constituer un code de règles esthétiques particulièrement complexe et rigoureux (kasane irome).
Voici quelques exemples d'associations de nuances acceptées en fonction des saisons:
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Superpositions de vêtements au niveau des manches: pour les occasions exceptionnelles à toutes saisons.
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Superpositions de vêtements au niveau des manches: à partir du 1er octobre jusqu'en février.
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Superpositions de vêtements au niveau des manches: à partir d'avril.

Costumes féminins portés à la cour

Le statut des femmes était déterminé par la naissance et le mariage. Les épouses des hauts dignitaires menaient leur vie confinées dans leur résidence et entourées d'un nombreux personnel.
Dès le milieu de l'époque de Heian, les costumes masculins et féminins se dotèrent de manches très largement ouvertes (hirosode). Le kosode blanc à manches étroites était alors un sous-vêtement porté à même la peau.
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Les longues robes à traîne des femmes de la cour dissimulaient entièrement leur corps et se superposaient sur plusieurs épaisseurs (karaginu-mo ou plus familièrement juni hitoe, signifiant douze robes non doublées). Sous ces longues robes, les femmes continuaient de porter un hakama.
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Le mo (jupe plissée) était alors réduit à une sorte de tablier porté à l'envers de façon à former une traîne.
Cette superposition de kimonos faisait ressortir la minceur du visage et la fragilité du corps enfoui. Les robes étaient faites de tissus de soie damassée de couleur unie ornée de motifs conventionnels (la laine n'existait pas et le coton ne fut introduit qu'au milieu du 16e siècle).
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En été, les nobles portaient une robe légère non doublée (katabira) tissée en lin ou en ramie.
Les techniques de teinture se perfectionnèrent et les kimonos teints remplacèrent peu à peu les kimonos tissés.
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Chacun de ces costumes était constitué par un ensemble de vêtements réglementés. Les différentes tenues reflètaient le statut des femmes et variaient selon l'âge, l'occasion et la saison.

Costumes masculins portés à la cour

Les vêtements masculins se transformèrent également. Au début du 11e s., les hauts dignitaires et les guerriers de haut rang adoptèrent une tenue officielle, le grand costume de cour ou sokutai et sa version simplifiée, le costume semi-formel allégé, ikan, lors de leurs visites au palais impérial. Le sokutai porté jusqu'au milieu de cette période était encore très inspiré de la forme du costume officiel de la cour chinoise.
À noter que le sokutai des guerriers (bushi) présentait de légères différences dans la forme, ceci afin de faciliter leurs mouvements.
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Tenue de travail portée à la cour pour participer aux cérémonies et aux procédures administratives en présence de l'empereur. Sous le manteau à col rond, une tunique à traîne et une veste rouge ou blanche.
En dessous des tuniques, deux sortes de pantalons hakama (blanc et rouge). La coiffe obligatoire se distingue du eboshi moins formel.
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Le ikan est aussi appelé "costume de service de nuit" car il servait pour le service de nuit des fonctionnaires dans la résidence impériale. Il sert aussi pour les déplacements, les visites officielles mais n'est pas admis en présence de l'empereur.
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L'habit de chasse ou kariginu était la tenue informelle des nobles portée lors des activités en plein air ou chez soi Les manches ne sont attachées au buste qu'au niveau des épaules et pourvues de cordelettes d'attache. Les tissus somptueux des tuniques du dessous étaient volontairement exhibées.
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Le nôshi est le vêtement ordinaire et informel qui se portait chez soi.
Le manteau est plus court et la couleur n'est plus soumise au protocole des rangs.
La coiffe est remplacée par le bonnet eboshi.

Les guerriers et le peuple

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Une tenue du petit peuple de Heian est le hitatare. La veste se ferme sur le devant et les manches sont étroites. Le hakama se ferme par une ceinture et les jambes sont resserrées vers le bas. Des détails qui rappellent les tenues des époques plus anciennes.
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Le guerriers de la fin de Heian commencèrent à adopter une tenue très pratique, inspirée des vêtements quotidiens du peuple, le hitatare. Le col officier des costumes aristocratiques est remplacé par un col croisé.
La largeur des manches peut se régler par des cordelettes et faciliter ainsi les mouvements. Les guerriers de la période de Kamakura continueront à la porter.
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Une variante destinée aux fonctionnaires et aux guerriers, le suikan, connaîtra également un grand succès. Le col est rond. Fin Heian, la mode est aux excentricités et d'étranges décorations sont fixées sur le devant et les manches.
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Les gens du peuple continuaient à porter un kosode à l'extérieur (tissé en fibres végétales). Il existait une tenue plus commode encore, constituée d'une tunique courte ou d'une veste rentrée dans une sorte de pantalon. Les chaussures étaient de simples sandales en paille tressée ou des claques en bois.

COULEURS ET MOTIFS

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Ce n’est qu’à partir du milieu de la période de Heian (714-1192) que naquit peu à peu (toujours au sein des classes supérieures de la noblesse), un style proprement japonais dans tous les domaines de la vie quotidienne et artistique, les motifs textiles ne faisant pas exception.
Les couleurs vives et contrastées des costumes des périodes d'Asuka (552-645) et de Nara (645-794) issues de croyances magico-religieuses étaient intimement liées à l'art bouddhique et à l'influence sino-coréenne. Les teinturiers chinois qui officiaient à la cour instaurèrent cinq couleurs officielles en plus du blanc (jaune, pourpre, rouge, bleu-vert et noir). Celles-ci appartenaient à un système philosophique et religieux complexe et indiquaient les rangs occupés au sein de la cour. En 603, un système inspiré de cette pratique chinoise fut appliqué par Shôtoku Taishi et permit également de définir les rangs et statuts officiels du gouvernement (kurai iro).
La palette des costumes de cette époque montre des nuances subtiles de mauve, violets, jaunes et verts, des dégradés de roses, de rouges, de bleu-ciel et de blancs. Le noir et les couleurs sombres étaient peu appréciées car elles marquaient une rupture avec la cour (exil, vie monacale, deuil).
Les teintures des tissus constituaient une tâche pratiquée au sein des demeures aristocratiques. La maîtresse de maison supervisait les travaux et son sens de l'esthétique ainsi que ses connaissances techniques déterminaient la qualité des couleurs et les infimes nuances. Les vêtements qui étaient alors tissés dans des couleurs unies ne présentaient pas de motifs complexes.
Certaines couleurs étaient strictement interdites car portées par l'empereur seulement:

kin-kourozen kin-ao kin-aka kin-murasaki

Cette adaptation des motifs continentaux à une préférence “nationale” (yûsoku moyô) a donné naissance à des représentations qui furent conservées et adoptées par les générations suivantes des classes guerrières de la période de Kamakura pour finalement être assimilées, bien plus tard, par la majorité de la population.
Les modèles de ces motifs sont inspirés d'éléments de la vie quotidienne: cercles, losanges, polygones, lignes croisées, lignes courbes, faune et flore... et l'on retrouve un bon nombre de ces motifs sur les tissus des kimonos actuels.
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Losanges, cercles, hexagones, courbes ondulantes et arabesques